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LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN

RSA : La grande loterie de la précarité, avec un bouton magique en prime - Il y a des jours où on se demande si les mecs qui nous gouvernent ne jouent pas à un gigantesque escape game dont l’objectif final est de faire disparaître les pauvres sans que ça se voie trop. Et aujourd’hui, jackpot : voici venu le pré-remplissage des déclarations de ressources du RSA et de la prime d’activité. Une promesse de Macron – donc, forcément, un coup fourré.


À première vue, ça pourrait ressembler à une bonne nouvelle : "On va vous faciliter la vie, plus besoin de vous casser la tête, on remplit tout pour vous, et vous n’aurez plus qu’à cliquer !". On imagine déjà la com’ gouvernementale avec des images de bénéficiaires du RSA tout sourire, une musique inspirante en fond, et un gros slogan : "Avec France Travail, la solidarité est à portée de clic."

Sauf que dans la vraie vie, tout le monde sait que dès qu’un politicien utilise le mot "simplification", c’est qu’il y a une arnaque sous le capot. Parce qu’évidemment, ça n’a jamais été pour faciliter la vie des gens, mais pour supprimer ceux qui leur facilitaient la vie.



Simplifier = Licencier = Radiations en masse


C’est quoi, cette fausse simplification, en fait ? Un bon gros plan social déguisé. Parce que qui dit "formulaires automatiques", dit "plus besoin de personnel pour accompagner les bénéficiaires". Finis les guichetiers, les conseillers qui pouvaient aider les gens à comprendre leurs droits, à éviter les erreurs dans leurs déclarations, ou tout simplement à naviguer dans la jungle administrative française. À la place, une merveilleuse machine qui sait tout mieux que vous, qui coche les cases à votre place, et surtout, qui peut vous radier en un clic.


Parce que soyons clairs : la "simplification", c’est surtout la simplification des radiations. C’est pas un progrès, c’est un piège. Une déclaration automatique ? Trop cool ! Jusqu’au moment où l’algorithme décide que, selon ses petits calculs mystérieux, vous n’êtes plus éligible au RSA et que votre compte est bloqué. Et là, plus personne au bout du fil, juste un formulaire de réclamation en ligne, une réponse automatique qui dit "Votre demande est en cours d’examen", et un frigo qui se vide.


D’ailleurs, petit détail qu’ils oublient de mentionner dans leur storytelling sirupeux : cette automatisation tombe pile au moment où la loi plein-emploi vient imposer un contrôle drastique des allocataires. Pour toucher le RSA, il faudra désormais :

  • Être inscrit sur les listes de France Travail (anciennement Pôle emploi, parce qu’un changement de nom, ça suffit à régler le chômage, c’est bien connu).

  • Prouver qu’on effectue au moins 15 heures d’activité par semaine (même si on est en galère totale, même si le marché de l’emploi est un désert, même si la dernière offre d’emploi potable date de 2017).

  • Se soumettre à des sanctions en cas de "non-respect des engagements".


C’est le fameux concept de la carotte et du bâton, sauf que la carotte, c’est un formulaire pré-rempli, et le bâton, c’est la menace constante de se faire virer du dispositif.


Bienvenue dans la précarité algorithmique


Le vrai problème, c’est qu’on remplace des humains par des algorithmes. Et un algorithme, ça n’a pas de compassion, ça ne connaît pas la nuance, ça ne prend pas en compte les galères de la vraie vie. Un employeur a mal transmis vos revenus trimestriels ? Hop, erreur, suspension du RSA. Vous avez fait une mission d’intérim de trois jours et ça fout en l’air vos droits ? Désolé, le robot a décidé que vous étiez trop riche pour toucher une aide.


Mais ne vous inquiétez pas, on vous dira que c’est pour "lutter contre la fraude". Ah, la fraude des pauvres ! L’éternelle obsession de nos élites. Pas celle des multinationales qui optimisent fiscalement à coups de milliards, pas celle des évadés fiscaux qui planquent leur fric en Suisse. Non, non, celle du mec qui aurait déclaré 50 balles de moins sur son RSA et qui, visiblement, met en péril l’équilibre économique de la nation.


Parce que derrière cette "simplification", il y a une autre logique : la suspicion généralisée. L’État ne veut pas vous aider, il veut vous surveiller. Le RSA devient une espèce de casier judiciaire social : il faut mériter son allocation, prouver qu’on est un bon pauvre, bien docile, bien obéissant, prêt à accepter n’importe quel boulot sous-payé sous peine de se faire dégager du système.


Le numérique contre les pauvres


Et puis, il y a le détail qui tue : tout ça se fait en 100% dématérialisé. Autrement dit, si vous êtes un peu largué avec l’informatique, si vous n’avez pas d’ordinateur, si vous vivez en zone blanche, si vous avez besoin d’un vrai interlocuteur… eh bien, bonne chance. La fracture numérique ? Ça n’existe pas pour les technocrates, tout le monde a évidemment un smartphone dernier cri et la fibre optique au fin fond de la Creuse.

Mais dans la vraie vie, les précaires sont souvent ceux qui ont le plus de mal à accéder aux services en ligne. Problème de connexion, manque de matériel, difficultés à comprendre les démarches… Résultat : une bonne partie des gens qui pourraient prétendre au RSA ne le demanderont même pas. Et c’est bien là le but.


D’ailleurs, on a déjà la preuve que ça fonctionne : dans les départements où la réforme a été expérimentée, le non-recours à l’allocation a augmenté de 10%. Dix pour cent de pauvres en moins sur les fichiers, hop, ça fait bien sur les statistiques ! Pas besoin de lutter contre la pauvreté, il suffit de rendre l’accès aux aides suffisamment pénible pour que les gens renoncent d’eux-mêmes.


Une administration darwinienne


Voilà où on en est : un État qui ne cherche plus à protéger les plus précaires, mais à les trier. Ceux qui ont la patience, les connaissances et la capacité de rentrer dans le moule numérique auront peut-être droit à un RSA. Les autres seront laissés sur le bord de la route, dans une indifférence générale.


C’est une administration darwinienne : les faibles disparaissent, les plus débrouillards survivent. Les services publics ne sont plus là pour aider, ils sont là pour filtrer, sélectionner, et surtout… exclure en toute discrétion.


Et après, ils viendront s’étonner que la pauvreté explose, que les inégalités se creusent, que les gens finissent à la rue. Mais pas de panique : ils feront une autre réforme dans six mois, avec un nouveau nom, une nouvelle promesse, et encore un peu moins d’accompagnement humain.


Alors oui, vous pourrez toujours appuyer sur votre bouton magique pour déclarer vos ressources. Mais si vous cherchez encore un interlocuteur humain, un vrai service public, une aide réelle… Désolé, cette option n’est plus disponible.

 
 
 

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