LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN
- Sébastien LAGOUTTE

- 28 janv. 2025
- 2 min de lecture
Ah, la Cour de cassation... Cette fois, elle a frappé un grand coup. Harcèlement moral institutionnel ? Reconnu. Condamnation des dirigeants ? Validée. Et là, on a envie d’applaudir – mais avec des gants, parce que cette histoire, c’est quand même un peu sale.

Alors, résumons. France Télécom (Orange aujourd'hui) – oui, le géant des télécoms – a trouvé le moyen de transformer un plan social en une véritable machine à broyer ses salariés. Entre 2007 et 2010, la direction a mis en place un plan baptisé Next, ou "Nouvelle Expérience des Télécoms". Leur objectif ? Réduire les effectifs de 22.000 personnes sur les 120.000 travaillant au sein de l'entreprise. Mais pourquoi faire un plan social classique quand on peut inventer une torture institutionnalisée ?
La méthode était rodée : des réorganisations incessantes, des mutations géographiques forcées, des objectifs inatteignables. Et pour ceux qui ne craquaient pas sous la pression, on avait les évaluations humiliantes ou, pire, l'isolement total. Résultat ? Un climat de terreur où les suicides devenaient monnaie courante. En mai 2008, pas moins de quatre employés se sont donné la mort en un mois. Mais pour les dirigeants, c’était "business as usual".
Et le plus beau ? Tout ça était orchestré au sommet. Didier Lombard, le PDG de l’époque, et ses acolytes, Louis-Pierre Wenes et Olivier Barberot, ont été les grands architectes de cette stratégie nauséabonde. Ils l’ont fait avec méthode, en suivant chaque départ comme un indicateur de performance. On encourageait les managers à "mettre la pression" et à atteindre des quotas de départs coûte que coûte. Si ça, ce n’est pas du harcèlement institutionnel, alors qu’est-ce que c’est ?
Mais cette fois, la Cour de cassation leur a dit : “Non, les gars, ça ne marche pas comme ça.” Enfin ! Didier Lombard et ses complices sont condamnés. Un an de prison avec sursis, 15.000 euros d’amende, et la reconnaissance officielle d’un harcèlement moral institutionnel. Alors oui, ça reste symbolique. Ils ne verront jamais une cellule, et les amendes sont des miettes pour des types qui ont touché des bonus faramineux. Mais c’est un début.
Et surtout, c’est une claque pour toutes les entreprises qui pensent pouvoir jouer avec la santé mentale de leurs salariés sans en payer le prix. Ce jugement, il dit haut et fort qu’une organisation toxique, ça ne passe plus. Que derrière les chiffres, il y a des vies. Et que, même si ça prend des années, la justice peut finir par rattraper les bourreaux en col blanc.
Alors oui, savourons cette victoire, parce qu’elle est aussi rare qu’importante. Et pour tous les managers toxiques, les DRH complices et les patrons déconnectés : regardez bien cette décision. C’est un avertissement. La prochaine fois, ce sera peut-être vous. Et croyez-moi, à ce moment-là, on aura le champagne prêt.




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