LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN
- Sébastien LAGOUTTE

- 8 avr. 2025
- 2 min de lecture
"Kaporal baisse le rideau… et la France baisse son froc" - La chaîne de prêt-à-porter Kaporal, symbole du jean clinquant marseillais, vient d’être liquidée. Rideau baissé, 280 salariés laissés sur le carreau. Mais attention, hein ! Pas virés comme des malpropres. Non, non. Légalement sacrifiés par la grande machine à broyer du tribunal de commerce. Avec tampon, cachet, pli recommandé. L'élégance institutionnelle du licenciement de masse.

Et Kaporal n’est qu’un pion de plus sur l’échiquier de la casse sociale : Camaïeu, San Marina, Go Sport, Burton, André… La liste ressemble à un générique de fin qu’on n’a même plus envie de lire.
55.492 entreprises liquidées en France l'année dernière. Record battu. Champagne pour les huissiers !
Pendant que le commerce crève, les vautours banquiers et les actionnaires se gavent.
Les salariés ? Jetés. Les petits patrons ? Étranglés. Les repreneurs ? Des mirages.
Mais les grands fonds, eux, continuent de faire tourner la planche à billets.
Le CAC 40 ? 152 milliards de bénéfices en 2023. La France crève la dalle, mais les rentiers explosent les compteurs. Ils appellent ça "les lois du marché". Moi, j’appelle ça du charognage de luxe.
Mais la vraie balle dans la nuque pour Kaporal, elle vient d’ailleurs. Elle ne vient pas que des tribunaux. Elle vient des plateformes, des applis, des influenceurs qui vendent des leggings à 3 balles en story Instagram. Elle vient du poison sucré de la fast fashion, cette machine industrielle à fabriquer de la fringue jetable, cousue par des gosses à l’autre bout du monde, pour que nos ados puissent s’acheter un t-shirt tous les trois jours et le jeter au bout de deux lavages.
Kaporal, comme beaucoup, n’a pas su résister à cette tempête.
Déjà fragilisée depuis son redressement judiciaire en 2023, elle a tenté de surnager, de trouver un repreneur, de jouer la carte du "Made in France qui résiste". Mais face à l’artillerie lourde du capitalisme mondialisé, face à Shein, Zara, H&M et compagnie, c’était comme tenter d’arrêter un tank avec une pelle à tarte.
Parce que la fast fashion, ce n’est pas juste un modèle économique. C’est un rouleau compresseur qui piétine tout ce qui fait encore société : le travail digne, le commerce de proximité, les relations humaines, la qualité, la durabilité. Le tout au nom d’un consumérisme hystérique orchestré par quelques milliardaires qui nous vendent des chiffons pendant qu'ils s’achètent des yachts.
Le textile est devenu une industrie cannibale. On délocalise, on exploite, on sous-paye, on pollue, et pendant que les usines du Bengladesh crament, ici, les salariés ferment boutique. À la fin, tout le monde est perdant… sauf ceux qui possèdent l’usine ET la boutique.
Kaporal baisse le rideau, la France baisse son froc, et les puissants baissent la tête… uniquement pour mieux nous regarder crever la gueule ouverte.
Voilà la morale : dans cette économie, la seule chose qui ne passe jamais de mode, c’est l’exploitation.




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