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LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN

Ah, le harcèlement sexuel au travail ! Ce sport national qui consiste à transformer un bureau en une jungle où les prédateurs portent des cravates et où les victimes sont sommées de "ne pas faire d’histoire". Parce que, voyez-vous, ce serait quand même dommage d’interrompre la sacro-sainte productivité pour une broutille comme le respect des femmes.


Prenons un exemple classique dans une entreprise lambda. Une salariée bosse tranquillement depuis des années jusqu’à ce qu’un collègue décide que son espace personnel est une notion abstraite et que son consentement est un détail facultatif. Entre les remarques graveleuses, les blagues à la finesse d’un éléphant dans un magasin de porcelaine et les petites mains baladeuses, notre amie se dit : "Tiens, si je signalais ces comportements insupportables ?"


Erreur. Monumentale erreur. Car à ce moment précis, elle découvre la réaction typique du patron : l’inaction.

Ah, l’inaction des patrons ! Ce grand classique du management moderne !

"Il ne faut pas faire de vagues."

"C’est votre parole contre la sienne."

"Il plaisante, c’est son humour, faut pas être susceptible."

"Ça fait des années qu’il est là, jamais eu de problème !"


Bref, tout un arsenal de prétextes pour ne surtout rien faire, parce que, soyons honnêtes, le problème ce n’est pas que des femmes se fassent harceler, c’est qu’elles osent se plaindre et qu’il faut ensuite gérer ce "désagrément" administratif.


Et quand enfin un patron daigne bouger son petit doigt, c’est pour quoi ? Une pseudo-enquête menée avec l’objectivité d’un jury de téléréalité. Ça dure des mois, on pose trois questions biaisées, on oublie d’interroger les témoins gênants, et au final : "Faute de preuves, nous ne pouvons pas donner suite". Oh quelle surprise ! Comme si un harceleur allait laisser un PowerPoint avec ses méfaits en annexe.


Pendant ce temps, la victime, elle, est mutée, placardisée ou quitte son job, pendant que l’autre continue son petit numéro en toute impunité. Parce que dans notre belle société, il vaut mieux perdre une salariée compétente que se fâcher avec un pote du comité de direction.


Et puis, parlons chiffres, ça calme tout de suite les discours. 22% des femmes françaises ont été victimes de harcèlement sexuel au travail. Un tiers des victimes n’en parle jamais. Et dans les rares cas où ça sort, seules 10% des entreprises sanctionnent réellement. Ça veut dire quoi ? Que 90% du temps, on ferme les yeux, on relativise, on pousse la victime à partir et on offre au harceleur une promotion pour éviter les scandales. Remarquable gestion de crise.


Alors, aux patrons qui préfèrent "ne pas s’en mêler", sachez qu’un jour ça finira par vous retomber dessus. Parce que de plus en plus de femmes parlent, se battent, vont en justice, font condamner leurs employeurs pour manquement à leur obligation de sécurité. Alors continuez à faire les autruches, mais sachez que tôt ou tard, vous finirez par avoir la tête dans la merde.


En attendant, un conseil aux salariés victimes de harcèlement : oubliez l’idée que votre entreprise vous protège. Faites du bruit, médiatisez, portez plainte, appelez les syndicats, appelez la presse, appelez votre avocat. Parce qu’à ce jeu-là, seuls ceux qui font trembler les murs finissent par être entendus.

 
 
 

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