LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN
- Sébastien LAGOUTTE

- 4 mars 2025
- 3 min de lecture
9.300.000 "bons samaritains"…ou comment faire bosser gratos sous couvert de solidarité ! Ah, la solidarité nationale, ce concept merveilleux qu’on nous ressort dès qu’il s’agit de faire bosser les citoyens sans les payer !

Dernière pépite en date : 9,3 millions de Français déclarent aider régulièrement un proche en perte d’autonomie. C’est pas moi qui le dis, c’est la DREES, ce sympathique organisme qui prend le temps d’étudier la misère pendant que d’autres la subissent. Et attention, c’est pas un petit coup de main une fois tous les 36 du mois, non ! On parle d’une moyenne de 10 heures par semaine consacrées aux soins, aux courses, à l’administratif, au ménage… Bref, un vrai boulot. Mais gratuit.
D’ailleurs, si vous trouvez qu’il y a une odeur de travail dissimulé dans cet article, c’est normal : à 10 heures par semaine, ça fait 520 heures par an. Multipliez ça par 9,3 millions d’aidants, et on atteint près de 5 milliards d’heures de travail annuel. Soit, en appliquant le SMIC horaire, 58 milliards d’euros d’économie pour l’État et les collectivités.
CINQUANTE-HUIT.... MILLIARDS !!
Alors évidemment, personne ne le dit comme ça. Non, on préfère célébrer le dévouement des aidants, louer leur sens du sacrifice, et leur coller une belle petite étiquette de héros du quotidien. Vous sentez l’arnaque venir ?
Parce que derrière le storytelling des "Français qui prennent soin des leurs", il y a un État qui se désengage méthodiquement. Les aides publiques pour le maintien à domicile ? Sous-financées. Le nombre de places en EHPAD ? Saturé. Les professionnels du soin ? Mal payés, en sous-effectif, et en burn-out. Mais heureusement, les familles sont là ! Pas de budget pour embaucher des auxiliaires de vie ? Pas grave, Tata Monique a pris une retraite anticipée. Pas assez de personnel pour faire tourner les hôpitaux ? Pas un souci, c’est Mamie Ginette qui gère la toilette et les soins de Papy.
Et qui se tape l’écrasante majorité de ce boulot ? Les femmes, bien sûr !
Parce que là aussi, l’étude le dit noir sur blanc : plus de la moitié des aidants sont des aidantes. Bah oui, en France, le travail gratuit, c’est comme le repassage : ça reste une affaire de femmes. Elles arrêtent de bosser, passent en temps partiel, sacrifient leur carrière… et quand elles demandent des aides, on leur file une prime ridicule et un sourire compatissant.
Et après, on s’étonne que certaines finissent en dépression ou sur la paille, comme cette femme de 55 ans qui a dû s’arrêter pour s’occuper de son père Alzheimer, et qui se retrouve à enchaîner les petits boulots une fois son rôle d’aidante terminé. Parce qu’évidemment, personne ne se pose la question du "et après ?". L’État ne les a pas payées pour bosser, pourquoi il les aiderait à se reconstruire après coup ?
Et c’est ça, le vrai scandale : on ne parle même pas de solidarité, ici, mais bien d’une substitution de l’État par les familles.
Dans un monde normal, quand une société vieillit, on renforce les services publics, on finance des établissements, on revalorise les métiers du soin. Mais en France, on préfère faire culpabiliser les familles : « C’est votre père, votre mère, c’est à vous de vous en occuper ». Ah bon ? Et les cotisations sociales qu’ils ont payées toute leur vie, elles sont passées où ?
En attendant, les aidants s’épuisent en silence, les services publics se délabrent, et nos gouvernants se félicitent de l’élan de solidarité nationale.
Bref, tout va bien. Surtout pour Bercy...





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