LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN
- Sébastien LAGOUTTE

- 29 juil. 2025
- 3 min de lecture
Harcèlement moral et managérial : la Cour de cassation gifle (enfin) un employeur complice par inaction - Dans une décision qui fait froid dans le dos, la Cour d’appel de Riom avait, en février 2023, donné raison à un manager toxique. Un responsable d’édition, décrit unanimement comme cassant, humiliant, autoritaire, avait été licencié pour faute grave après avoir généré un climat de souffrance au travail pour la moitié des salarié·es de son équipe. La cour avait pourtant estimé que ce licenciement était abusif. Pourquoi ? Parce que – tenez-vous bien – l’employeur n’en avait pas assez fait pour l’accompagner.

Heureusement, la Cour de cassation a remis l’église au centre du village dans son arrêt du 6 mai 2025 (Pourvoi n°23-14.492) : quand un salarié, surtout en position hiérarchique, persiste dans un comportement harcelant malgré un avertissement, cela rend son maintien dans l’entreprise impossible. Point barre.
Management toxique : témoignages accablants, mais indulgence judiciaire
L’affaire était pourtant limpide. Plusieurs salarié·es témoignent d’un management brutal, inhumain, humiliant, qualifié de « cassant psychologiquement ». Un avertissement est infligé en novembre 2017, assorti d’instructions claires : changer immédiatement d’attitude.
Que fait le responsable ? Il continue. Les alertes remontent à nouveau : plaintes de salariées, interventions syndicales, signalements du médecin du travail. L’entreprise finit par le licencier en août 2018. Une réaction tardive, certes, mais nécessaire.
Et là, surprise : la Cour d’appel exonère le manager de toute faute grave. Pourquoi ? Parce que, selon elle, l’employeur n’aurait pas assez "accompagné" le manager toxique. Aucune enquête formelle. Pas d’audit. Pas de médiation. Donc, selon cette logique absurde : on ne peut pas reprocher à un manager d’harceler si on ne l’a pas assez coaché.
La faute du bourreau effacée par les carences du système ? Non, tranche la Cour de cassation.
La chambre sociale n’a pas avalé cette soupe tiède servie par la Cour d’appel. Elle rappelle l’évidence : « Même après l’avertissement, le salarié a persisté dans des méthodes de management génératrices de souffrance. Peu importe que l’employeur ait été ambivalent : ces comportements rendaient impossible son maintien dans l’entreprise. »
Ce que la Cour d’appel refuse de reconnaître, la Cour de cassation l’énonce sans détour : il existe des comportements intolérables qui, même dans un environnement managérial défaillant, relèvent d’une responsabilité individuelle directe.
On ne peut pas transformer un harceleur en victime de son DRH, surtout lorsque les conséquences sur la santé des équipes sont attestées médicalement. La carence de l’entreprise ne saurait justifier l’impunité du manager.
Quand la dégradation de la santé mentale devient "tolérable" par juridisme mou
Ce que révèle cette affaire, c’est une ligne de fracture inquiétante dans certaines jurisprudences : une tolérance implicite envers les agissements destructeurs, tant qu’ils s’inscrivent dans un flou managérial. Comme si l'absence d'enquête valait annulation de la faute. Comme si le droit ne pouvait pas trancher clairement face à un comportement nocif, documenté, réitéré.
Mais non, répète la Cour suprême : Le harcèlement moral, même dans une organisation dysfonctionnelle, n’est jamais une variable d’ajustement.
Un arrêt salvateur pour les salarié·es… et pour la rigueur du droit du travail
Ce 6 mai 2025, la Cour de cassation a non seulement défendu les salarié·es harcelé·es, mais elle a aussi rappelé à l’ordre les juridictions qui confondent neutralité et lâcheté.
Elle dit clairement que :
Un avertissement n’est pas une immunité.
Un manager qui harcèle reste responsable, même si son N+1 dort au volant.
Le harcèlement moral n’est jamais excusable. Jamais.
Conclusion : cet arrêt est une arme. Utilisons-la.
Si tu es représentant du personnel, avocat, syndicaliste ou RH éthique : cette décision est pour toi. Elle doit figurer dans tous les manuels, toutes les formations, toutes les plaidoiries.
Elle dit qu’un salarié – même cadre – n’a pas le droit de briser ses collègues sous prétexte qu’il n’a pas été "suffisamment encadré". Elle rappelle qu’un employeur doit faire son boulot, mais qu’un manager doit aussi prendre ses responsabilités.
Cet arrêt est une victoire. Une cassation partielle, certes. Mais une cassation qui claque comme une gifle salutaire à ceux qui préfèrent fermer les yeux.





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