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LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN

Harcèlement moral : ton chef te pousse vers la sortie à coups de menaces voilées ? Pas grave, t’avais qu’à le prouver mieux que ça ! - Bienvenue dans le merveilleux monde du droit du travail post-harcèlement moral, édition spéciale 2025, livré tout chaud par la Cour de cassation (pourvoi n° 23-21.373). Une époque formidable où l’on peut être harcelé, humilié, mis au placard, puis licencié avec un joli nœud rose estampillé "motif économique", et repartir avec un seul message de la justice : "OK, t’as souffert, mais on n’a pas bien compris en quoi c’est lié à ton licenciement. Next."


Oui, Mesdames et Messieurs, asseyez-vous et admirez : le licenciement sans cause réelle et sérieuse, mais pas nul, même quand le harcèlement est reconnu. Parce que tu vois, le lien de causalité, c’est comme le Saint Graal : il faut être un moine chevalier avec GPS intégré et preuves béton pour le trouver.


Résumé des faits pour ceux du fond :


Un salarié, engagé depuis 2009 dans une asso rebaptisée à la sauce "éco-inclusion-solidaire" (ne riez pas), se fait harceler salement par son président, qui, en conseil d’administration, déclare tranquillement : "Il s’en va ou on le vire. Il faut qu’on le sorte de la structure, médicalement si possible."


Traduction : "On va le pousser à craquer pour le dégager discrètement."

Le salarié craque. Il part en arrêt maladie. Et, là, devinez quoi ? Il revient, et BIM : convocation à un entretien préalable au licenciement le lendemain. Vlan, motif économique dans les dents. Subtil, non ?


Ce que dit la Cour d’appel ?


"Oui, il a bien été harcelé. On vous accorde 7.000 € pour ça, et 5 000 € pour l’obligation de sécurité qu’on a piétinée comme un vieux mégot."

Mais pour ce qui est du lien entre ce harcèlement et le licenciement ? "Désolé, monsieur, on voit pas trop. Y’a pas marqué 'harcèlement' dans la lettre de licenciement, donc on va dire que c’est pas lié."


Et là, la Cour de cassation intervient (heureusement, un peu) :

"Les enfants, ce n’est pas parce que l’employeur planque son harcèlement sous une étiquette 'motif économique' qu’on ne doit pas enquêter sur ce lien. Il faut vérifier si le licenciement est la suite logique du harcèlement reconnu."


Bravo. Applaudissements. Mais pas trop fort : la Cour censure partiellement l’arrêt, sans pour autant trancher sur la nullité. Elle dit juste à la cour d’appel : "Retour à la case départ, revoyez votre copie."


Le salarié, lui, attend toujours justice avec son bout de chèque et son sac de stress post-traumatique.


Moralité du conte de fées :

  • Tu peux être harcelé.

  • Tu peux être licencié juste après.

  • Tu peux prouver que ton président veut te dégager "médicalement".

  • Mais si tu ne prouves pas mathématiquement que le licenciement découle de ça, la nullité ne passe pas.


Autrement dit : tu souffres, mais c’est pas assez bien documenté. Fallait peut-être un organigramme, une attestation de ton psy, un PowerPoint et, pourquoi pas, un QR code clignotant "LIEN CAUSAL" pour convaincre le juge.


Message aux employeurs retors : Faites preuve d’un peu de finesse. Si vous voulez virer un salarié que vous harcelez, évitez de le dire trop fort,...


Message aux salariés : Armez-vous. Filmez. Archivez. Notez tout. Faites des journaux de bord, des graphiques, des bulletins météo si besoin. Parce qu’en face, on peut reconnaître votre souffrance sans pour autant en tirer la moindre conséquence sur la rupture de votre contrat.


Conclusion (sous Lexomil) :

Une décision qui rappelle que la reconnaissance du harcèlement ne suffit pas, que la rupture doit être scientifiquement rattachée à ce harcèlement, et que sans ce pont de preuves, le salarié reste en bordure du droit, avec ses douleurs et ses indemnités au rabais.


Justice rendue... mais pas au salarié.

 
 
 

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