LA MAUVAISE HUMEUR DE SÉBASTIEN
- Sébastien LAGOUTTE

- 15 avr. 2025
- 3 min de lecture
"Loi de simplification... ou de régression ?" - Ah, les amis, quelle époque formidable ! Alors qu’on sort péniblement d’une réforme des retraites, voilà que le gouvernement remet une bûche dans la cheminée des régressions sociales. Cette fois-ci, c’est pas pour chauffer les foyers précaires. Non, non. C’est pour incinérer le dialogue social dans les petites entreprises. Tranquillement. À la cool.

Le prétexte ? Simplifier. Toujours simplifier. Comme si les patrons se levaient tous les matins en sueur à cause d’un formulaire Cerfa ou d’un CSE qui demande des comptes. "Mon Dieu, une réunion avec les élus ! C’est pire que ma coloscopie de février !" Faut dire que pour certains, croiser un salarié formé, informé et pas trop docile, c’est aussi stressant qu’un contrôle fiscal sous acide.
Alors, pour leur éviter ce terrible traumatisme, le gouvernement a une idée brillante : remonter les seuils sociaux.
Tu voulais un CSE à 11 salariés ? Trop dangereux. On le remonte à 50.
Tu voulais des obligations sociales, une BDESE, des avis à rendre sur des projets importants ou la politique sociale de ta boîte à 50 salariés ? Olala, l’enfer ! Hop, direction 250.
Et à 250 ? On commence à parler du seuil des 1 000. Ben ouais, tant qu’à faire, autant viser la Lune.
Et là, attention les yeux : les CSE de moins de 250 salariés n’auraient plus de budget de fonctionnement, ni de budget pour les activités sociales et culturelles.
Traduction :
Plus de formations pour les élus.
Plus de consultations.
Plus de recours à un avocat pour contester une décision.
Plus d’expert-comptable pour analyser les comptes.
Plus de moyens pour se déplacer aux réunions.
Plus de communication vers les salariés.
Et côté ASC ? Plus rien. Nada. Que dalle.
Finis les chèques cadeaux à Noël. Finis les sorties, les places de cinéma à prix réduit, les bons d’achat pour les fournitures scolaires. Dégagez, les pauvres, le gouvernement vous simplifie la vie.
C’est génial, non ? À 249 salariés, t’as rien. À 251, t’as droit à un semblant de vie collective. Si t’as 200 salariés dans une usine d’agglo paumée dans la Creuse, t’es bon pour un barbecue dans le parking et un karaoké avec un micro piqué au CE d’EDF. C’est ça, la "modernisation sociale".
Et le pire dans tout ça ? C’est que le dialogue social est déjà en PLS dans les petites structures. Allez voir un CSE dans une boîte de 20 ou 30 salariés : un élu qui bosse à temps plein, pas formé, pas de local, pas de temps, pas de budget, et qui doit faire face à un patron persuadé que la loi, c’est une suggestion.
Et maintenant, on leur dit quoi ? "Vous coûtez trop cher à la compétitivité."
Mais de quelle compétitivité on parle ? Celle des boîtes qui se font racheter par des fonds vautours ? Celle des patrons qui se versent des dividendes pendant que les salariés dorment dans leur voiture ? Faut arrêter les blagues, là. À ce stade, c’est plus du dialogue social, c’est du speed dating dans un bunker : "Bonjour, j’aimerais parler de mes conditions de travail… AH NON, TROP TARD, LA PORTE EST FERMÉE !"
Et pendant ce temps, le rapport nous explique qu’il faut être "ambitieux". Mais bien sûr. Ambitieux comme un chirurgien qui ampute pour une entorse. On appelle ça comment déjà ? Ah oui : le progrès. Ou, dans leur langage orwellien : "libérer l’économie". Mais pour libérer l’économie, visiblement, faut d’abord emprisonner les droits sociaux, bâillonner les représentants du personnel et tabasser le Code du travail à coups de marteau fiscal.
Et après, ils vont venir pleurer parce que les syndicats ne sont pas "constructifs". Bah non, mec. Tu leur arraches les bras et tu t’étonnes qu’ils ne veulent pas signer le pacte de sang ?
En résumé :
Une réforme écrite sous MDMA par le MEDEF,
Une attaque frontale contre les représentants du personnel,
Une trahison assumée des salariés des TPE/PME,
Et un enterrement en grande pompe du peu de démocratie qui restait dans le monde du travail.
Mais rassurez-vous, le rédacteur de ce projet Margueritte nous dit que "le rapport n’est pas le texte final". Ben voyons. On va peut-être attendre le cercueil avant d’envoyer les fleurs, mais la messe est dite.





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